En Une de Libération, le visage tuméfié de Michel est visible dans toute la France, dans tous les kiosques.

Deux ans après le lancement du Mur Jaune, les journalistes comprennent enfin la nécessité de montrer à la population les séquelles physiques des violences policières. Aussi insupportable que cela puisse être à regarder, il faut se dire que ça l’est encore plus pour celles et ceux qui subissent ces violences, ainsi que leur entourage. Sans parler des séquelles psychologiques souvent bien pires que les dommages corporels. Sans parler des décès qu’on ne peut illustrer par l’image.

Je me rappelle encore du premier article de Libération mi-janvier 2019 sur les manifestants blessés. Un dessin de bonhomme et le décompte des blessés inscrit dans un cercle rouge, sur chaque zone du corps touchée par un tir de LBD ou un éclat de grenade. Timide début de rupture du silence médiatique sur ce massacre organisé qui durait depuis six semaines afin d’écraser la contestation populaire.

Deux ans, que de temps perdu. Mais à l’échelle de celles et ceux qui subissent ces pratiques et ce silence depuis des décennies, notamment dans les quartiers, c’est plutôt rapide. La prolifération des images a fini par payer, et c’est d’ailleurs pour cela que le gouvernement veut en interdire la diffusion. Mais il est trop tard, c’est notre arme à nous, l’arme du citoyen. Elle n’éborgne pas, elle n’arrache pas de mains, elle ne tue pas, elle. C’est une arme de défense, contrairement à leurs LBD d’attaque.

Merci à Libération d’avoir osé briser le tabou du sang dans cette société aseptisée. Le sang marqueur de cette violence insupportable qui s’abat aveuglément sur ces corps innocents.

Christophe, Le Mur Jaune
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